l’iris, or souterrain de la parfumerie

Par Jeremy Tamen 

Formateur expert en arômes & fragrances

Précieuse matière souterraine de la palette du parfumeur, cette fragrance douce, poudrée, boisée, rappelant quelques facettes de la violette,  est le fruit d’un travail long et délicat.

L’iris Pallida ou Iris Florentin est une plante à rhizome de la famille des Iridacées, elle est commune en Europe méridionale et sur les côtes méditerranéennes, dont la région de Grasse, où elle trouve le soleil nécessaire à son épanouissement.

Cette plante, messagère des dieux, dépasse facilement 1 mètre de hauteur, ses longues feuilles larges et gris-vertes sont en forme de glaive Romain.  Elles laissent apparaitre, de mai à juin, de magnifiques robes rappelant les fabuleuses teintes bleues et parmes des tableaux impressionnistes.

Dans l’histoire

Avant même d’être utilisé en parfumerie, l’Iris était un remède dans les pharmacopées Antiques, puis dans la pharmacopée Médiévale auquel on a prêté de nombreuses propriétés. C’est en partie au XVIIème siècle que l’Iris sera connue dans la « cosmétologie » et la « Parfumerie ».

Associée à des poudres d’amidon, d’os de seiche et d’os calcinés  qui étaient choisis pour leur blancheur, elles seront utilisées pour poudrer perruques et cheveux, tout en les parfumant. Associée aux poudres de riz elle sera très utilisée dans les opéras et théâtre pour blanchir la peau du visage et du décolleté.

Il faudra attendre plusieurs années pour qu’elle devienne une incontournable de la parfumerie moderne. Et comme dans les anciens remèdes ou les poudres cosmétique, c’est dans les rhizomes que sera extraite cette précieuse essence chère aux parfumeurs.

 Le rhizome terreux et bossu se métamorphose en senteur divine

« Les meilleures choses ont besoin de patience” et de la patience il en faut pour obtenir l’une des plus belle et plus coûteuse matière odorante utilisé en parfumerie, 6 années pour obtenir ce précieux élixir.

Les rhizomes alors âgés de 3 ans sont arrachés manuellement de mi-août à fin septembre, et subiront de nombreuses transformations. Ils seront débarrassés de leur fine écorce,  détrempés de 12 à 24 heures et essorés. Puis, viens l’étape de la première dessiccation : posé sur des claies l’Iris sèchera naturellement au soleil environ 3 semaines. Autrefois les rhizomes étaient découpés en fines tranches et traversés d’une ficelle pour être suspendu et séchés. Une fois cette première étape finalisée, ils seront conservés encore minimum 3 ans dans de grand sac de toile de jute au sec et à l’air afin d’obtenir un séchage parfait.

Ce « vieillissement » est nécessaire à l’oxydation des molécules, présentes dans le rhizome, et qui sont les précurseur de l’irone  (la molécule odorante) qui donnera alors cette fragrance poudrée et pénétrante nuancée de violette. Le rhizome aura perdu entre 75% et 80% de son humidité et sera devenu dur comme un minéral. Il sera broyé et réduit en poudre entre de grosses meules. Cette poudre déjà odorante, aux notes fraiches, propres et boisées est mise à macérer quelques heures dans une eau acidifiée avant de subir un traitement d’extraction des matières odorantes. La distillation permettra d’obtenir une pâte cireuse appelé beurre d’iris.

Ce beurre d’iris sera à nouveau traité par et l’on obtiendra alors l’absolue d’iris concentré à 75% et jusque 95% d’irone !

C’est avec ce beurre et cet absolu d’iris que les parfumeurs travailleront, il sera sublimé, comme il l’a était dans les plus belles créations de la parfumerie moderne.

Des chiffres qui affolent …

100 000 euros le Kg en moyenne, c’est ce rendement très faible de 15 tonnes de rhizomes pour obtenir 1kg d’absolu d’iris qui fait que l’absolu  d’iris est l’une des matières,  si ce n’est la matière la plus chère des produits bruts commercialisés au Monde.